« Il suffit de manger moins et de bouger plus », « certains aliments font grossir », « c'est une question de volonté » : passons au crible quelques croyances tenaces, avec calme.

Le poids et l'alimentation sont des sujets entourés de croyances tenaces, répétées si souvent qu'elles finissent par passer pour des évidences. Or beaucoup de ces idées, en apparence pleines de bon sens, entretiennent en réalité la culpabilité et les stratégies inefficaces.
Prendre le temps de les examiner calmement n'a rien d'un exercice théorique. C'est une manière de se libérer d'injonctions pesantes et de retrouver un rapport plus juste, et plus doux, à son corps et à son assiette. Passons donc en revue quelques-unes des plus répandues.
C'est sans doute la formule la plus courante, et la plus réductrice. Elle présente le poids comme une simple équation, alors que la réalité est bien plus complexe.
Le corps humain n'est pas une machine linéaire. De nombreux facteurs entrent en jeu : le sommeil, le stress, l'histoire des régimes passés, l'hérédité, certains contextes de santé, la relation aux aliments, le rythme de vie. Réduire tout cela à « moins manger, plus bouger » ignore cette complexité, et fait porter à l'individu une responsabilité écrasante.
Cette croyance explique en partie pourquoi les approches purement restrictives déçoivent si souvent. Nous l'explorons plus en détail dans l'article consacré aux raisons pour lesquelles les régimes échouent.
Voilà une idée particulièrement répandue : il y aurait des aliments « qui font grossir » et d'autres « qui font maigrir ». En réalité, aucun aliment pris isolément ne détermine le poids.
Ce qui compte, c'est l'ensemble d'une alimentation sur la durée, dans le contexte d'une vie entière. Diaboliser un aliment précis produit surtout deux effets contre-productifs : la frustration, d'abord, puis fréquemment une envie décuplée de cet aliment interdit, qui finit par être consommé de façon plus impulsive.
Aucun aliment n'a besoin d'être banni. Un rapport apaisé passe justement par la fin de ces listes noires. C'est l'un des principes d'un rééquilibrage alimentaire bien pensé : inclure plutôt qu'exclure.
Cette croyance est peut-être la plus culpabilisante de toutes. Elle laisse entendre que celui qui ne parvient pas à contrôler durablement son poids manquerait de caractère.
C'est faux, et injuste. La volonté existe, mais elle n'est ni infinie ni toute-puissante. Lutter en permanence contre sa faim demande une énergie considérable, que personne ne peut mobiliser indéfiniment. Quand une stratégie repose uniquement sur le contrôle, ce n'est pas la volonté qui fait défaut : c'est l'approche elle-même qui n'est pas tenable.
Sortir de la logique de volonté pour aller vers une logique d'écoute et de compréhension change souvent tout. On cesse de se battre contre soi-même.
Régulièrement, une catégorie entière se retrouve désignée comme coupable : tantôt les féculents, tantôt les matières grasses, tantôt le sucre sous toutes ses formes. La tentation est alors d'en supprimer un groupe entier.
Ces régimes d'exclusion sont rarement une bonne idée. Ils déséquilibrent l'alimentation, rendent la vie sociale compliquée, et créent une relation de peur avec des aliments qui, pour la plupart, ont leur place. Sauf indication médicale précise et personnalisée, éliminer un groupe entier n'est ni nécessaire ni recommandé.
Une alimentation variée, où chaque famille d'aliments trouve sa juste place, est généralement plus soutenable et plus sereine qu'une alimentation bâtie sur des interdits.
Une autre croyance, plus discrète mais très ancrée, veut que tout changement passe par la privation et l'effort douloureux. Manger devrait être ennuyeux, les repas tristes, le plaisir suspect. Cette idée confond austérité et efficacité.
En réalité, une approche qui repose sur la souffrance est rarement tenable. Le plaisir de manger n'est pas un obstacle : c'est un élément qui aide, souvent, à maintenir des habitudes sur la durée. Une alimentation trop punitive finit généralement par provoquer un ras-le-bol, puis un retour de balancier. La douceur envers soi-même n'est pas un luxe ou une faiblesse : elle est fréquemment plus efficace que la sévérité.
Beaucoup de personnes vivent la moindre reprise comme la preuve d'un échec personnel. Cette lecture est à la fois dure et inexacte. Le corps humain n'évolue pas en ligne droite, et les variations font partie du chemin.
Considérer chaque fluctuation comme un échec entretient une relation anxieuse au poids et à la nourriture. Il est souvent plus juste, et plus apaisant, de raisonner en termes de tendance générale sur le long terme, plutôt que de scruter les mouvements de court terme. Un écart, une reprise, une période plus difficile ne défont pas tout : ce sont des étapes ordinaires d'un parcours qui se joue sur la durée.
Enfin, l'idée que le poids serait le juge suprême de la santé mérite d'être sérieusement nuancée. La balance ne mesure qu'un chiffre, qui varie d'ailleurs d'un jour à l'autre pour mille raisons sans rapport avec la santé réelle.
Bien d'autres repères comptent : l'énergie au quotidien, la qualité du sommeil, l'humeur, la digestion, la relation à la nourriture, le plaisir de manger, la capacité à bouger avec aisance. Se focaliser exclusivement sur le poids, c'est passer à côté de tout cela, et parfois s'infliger une pression inutile.
Il va de soi que ces réflexions générales ne remplacent pas l'avis d'un médecin. Toute préoccupation concernant votre santé ou votre poids mérite d'être discutée avec un professionnel de santé qui connaît votre situation.
Chacun de nous porte, souvent sans s'en rendre compte, ses propres règles alimentaires : un aliment qu'on s'interdit, une heure après laquelle on ne mangerait « jamais », une catégorie qu'on redoute. Je vous invite à en choisir une, une seule, et à l'observer avec curiosité plutôt qu'avec sévérité. D'où vient-elle ? Vous rend-elle vraiment service, ou vous pèse-t-elle en silence ? Ce petit pas de côté est souvent le début d'un rapport plus libre à l'alimentation. Si vous souhaitez démêler ensemble ces croyances et retrouver de la sérénité à table, prenez rendez-vous pour un premier échange.
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